... Mirjana se
recula lentement, sans quitter Rico des yeux.
- Mes parents, ils ont été tués trois jours après.
Le 6 janvier 1993. Les Serbes ont débarqué le soir dans notre
appartement. On habitait Skenderia, au coeur du vieux sarajevo. Comme ils
refusaient de quitter la maison, ils... Ils ont été traînés
dehors, et... "On ne transplante pas les vieux arbres" aimait dire
Miron. Il ne serait jamais parti de Bosnie, mon père. Et ma mère
ne l'aurait jamais abandonné...
- Mais pourquoi ? Pourquoi ?
- Pourquoi ?
Mirjana haussa les épaules/
- Tout ça... ça n'a plus d'importance, maintenant. Les Bosniaques
musulmans ont fait pareil, plus tard...
Elle alluma une cigarette. Rico en fit autant. Ils fumèrent en silence.
Parfois leurs regards se croisaient. Finalement, Mirjana poursuivit :
- Sélim, tu vois... Il s'est enrôléé dès
le premier jour. Je crois qu'il a pu commettre le pire, lui aussi. Comme n'importe
qui en Bosnie. Tous étaient prêts pour le pire, depuis le triomphe
des partis nationalistes aux élections de 1990... Quelle folie ! Je
ne comprendrai jamais ça. Mon père répétait souvent
que des choses arrivent pour des raisons sur lesquelles nous ne pouvions pas
peser. Cela m'énervait de l'entendre parler ainsi. Je croyais que c'était
par lâcheté, par complaisance. Mais j'ai compris ce qu il voulait
dire. On ne peut rien contre l'incompréhensible.
Jean-Claude
IZZO
Le soleil des mourants - J'ai lu