Discours d¹ouverture
de Kofi Anan
Secrétaire
général des Nations Unies
Conférence de Durban - extrait
... les peuples autochtones et les minorités nationales sont opprimés parce que leur culture et leurs moyens d'expression sont vus comme des menaces à l'unité nationale. Quant ils protestent, leur culpabilité n'en devient que plus certaine. Dans les cas les plus extrêmes, qui sont hélas bien trop courants, les membres d'un groupe sont chassés de chez eux, voire massacrés, parce que certains voient leur présence même comme une menace à la sécurité d'un autre groupe. Parfois, ces problèmes résultent en grande partie d'injustices terribles commises dans le passé : l'exploitation et l'extermination de peuples autochtones par des puissances coloniales, ou l'utilisation de millions d'êtres humains traités comme des marchandises par d'autres êtres humains prêts à les transporter et à s'en débarrasser par profit. Plus le temps passe, plus il devient difficile de déterminer qui furent les responsables. Mais les effets demeurent. La douleur et la colère sont encore là. Par l'intermédiaire de leurs descendants, les morts réclament que justice soit faite. Rechercher dans des crimes passés l'origine des inégalités d'aujourd'hui n'est pas nécessairement le moyen le plus constructif de remédier à celles-ci, sur le plan matériel. Mais l'homme ne vit pas que de pain. Les liens que chaque homme et chaque femme entretient avec le passé font partie de son identité. Certains crimes de proportions historiques sont attribuables à des individus encore en vie, ou à des sociétés commerciales qui continuent d'exercer leurs activités. Les uns et les autres doivent s'attendre à ce qu'on leur demande des comptes. Il se peut que la société à laquelle ils ont fait tant de tort leur pardonne, dans le cadre d'un processus de réconciliation, mais ce pardon n'est pas un dû; ils ne peuvent l'exiger. Lorsque aux profits réalisés par les uns, et aux pertes subies par les autres, ont fait suite une myriade d'autres transactions, les choses sont encore bien plus complexes. Mais il n'en existe pas moins un lien de continuité entre les sociétés et les États d'aujourd'hui et ceux qui ont, à l'époque, commis des crimes. Chacun d'entre nous se doit de se demander quelle est sa place dans cette chaîne historique complexe. Il est assez aisé de penser aux torts que notre propre société a subis. Il est plus dérangeant de se demander dans quelle mesure notre confort repose sur les souffrances d'autrui, passées ou présentes. Mais si nous désirons sincèrement tourner le dos aux conflits du passé, nous devons tous faire cet effort de réflexion... /