D'abord parce que ce sont des frères, souvent, qui en ont été responsables. C'est une vieille nation chrétienne qui s'est donnée au Fürher; ce sont les vieux peuples chrétiens d'Europe qui ont laissé conduire à la mort les Juifs, les Tziganes, les homosexuels, les malades mentaux : tous ceux qui n'avaient pas leur place dans cet ordre nouveau, ce nouvel Empire que promettait Hitler. Un Empire auquel certains ont rêvé, que d'aucuns ont bénit. Et, hier à peine, ce sont de jeunes chrétientés d'Afrique qui se sont entre-tuées au Rwanda.
Ensuite, parce que ce Mal radical déchaîné sur notre monde nous contraint, plus que tout autre chose, "à rendre compte de l'espérance qui est en nous", comme le dit la première Lettre de Pierre. Comment expliquer le silence de Dieu à Auschwitz, dans les rues de Khigali, au sein des colonnes par lesquelles les Turcs convoyaient les Arméniens, comme à l'abattoir? Et comment parler de Dieu - d'un Dieu dont le nom est Amour - après cet atroce silence ?
Benoît Lambert - Marseille
in Garrigues espaces de la foi avril, mai, juiin 1995