Etre né quelque part

III. 1. Le contexte et la motivation

La construction européenne, celle profonde et durable qui verra les relations entre les hommes et les peuples s’ancrer sur la volonté commune de construire un avenir respectueux des différences culturelles et garant des valeurs humaines et démocratiques universelles, cette construction européenne passe par un travail de réflexion sur la question identitaire.
Les modèles identitaires des peuples sont pour l’instant basés sur le concept de nation et de l’ensemble mythologique qui le fonde.
Nous voyons bien à quel point il est important pour une personne de se définir en tant qu’être appartenant à telle ou telle communauté définie autour d’une histoire, une langue et de pratiques culturelles communes. Le repli identitaire nationaliste est ce qui reste aux peuples déracinés et déboussolés par des ruptures brutales qui ne peuvent que les renvoyer à des modèles archaïques de survie, générateurs de conflits tels que ceux que nous avons vu enflammer l’Europe Centrale et Orientale.
L’identité en général, et l’identité nationale en particulier, cause de tous les maux ? cause de l’incommunicabilité culturelle ?
Certainement non !
Des exemples de revendication identitaire existent de par le monde qui ne sont pas forcément basés sur la violence ni sur la négation de l’autre.
Notre réflexion nous a amenés à considérer la question identitaire sous deux angles contradictoires et complémentaires. Il est indispensable aux sociétés, et aux groupes humains en général, de définir un ensemble de valeurs et de conduites qui leur sont communes et leur servent de critères d’appartenance ; c’est là que se trouvent les racines de l’identité. D’un autre côté, ces mêmes sociétés, ces mêmes groupes humains se doivent de mettre en place des procédures de communication et d’interinfluences avec des groupes différents sous peine de sclérose et d’immobilisme. La dynamique qui s’instaure entre ces deux tendances, cette tension constitutive entre ces deux pôles, c’est la vie même de la société. Il n’y pas de point d’équilibre illusoire à chercher, il y a à vivre cette tension dynamique comme essence même de la vie des groupes humains dans leurs rapports à eux-mêmes et aux autres.

C’est à partir de là que nous avons souhaité mettre en place une rencontre multilatérale européenne. Car, chacun est pris dans cette même pince de revendiquer sa propre identité et de vouloir risquer la rencontre de l’autre.

Nous voulons montrer aux jeunes que l’identité, c’est à la fois une histoire, une rencontre ou une construction, quelquefois un choix, parfois même une erreur, bien souvent un hasard…

La diversité des cultures et des langues est manifeste à l’échelle d’une entité telle que l’Europe ; cela donne même l’illusion de blocs culturels et linguistiques homogènes globalement délimités par les frontières nationales actuelles.

Chacune des petites régions de l’Europe, celle à l’échelle de l’individu où celui-ci se repère au quotidien, chacune de ces régions est elle-même multiculturelle, plurilingue avec des croisements de l’Histoire qui lui donnent non pas une identité mais des identités.

C’est à la rencontre de ces hasards, de ces histoires et donc des gens que nous convions les jeunes afin qu’ils prennent conscience du rôle actif qu’ils peuvent et doivent jouer dans le processus de la construction européenne.

Le choix des pays participant à cette rencontre n’est donc pas innocent : le France et l’Allemagne au passé de conflits si lourd et la Croatie et la Hongrie qui restaurent chacune à leur manière une identité nationale occultée par près de cinquante ans d’histoire. Les guerres en ex-Yougoslavie et leurs séquelles ne sont certes pas terminées, pas plus sans doute que l’héritage franco-allemand ; aussi, nous semble-t-il essentiel de permettre aux jeunes d’aborder leur avenir, et donc l’avenir de l’Europe sous l’angle de la question des identités.

Car, quel sens a aujourd’hui la notion d’identité européenne ? ce sens pourra-t-til se construire ? et même est-il souhaitable de le construire si on peut lui substituer la notion de citoyenneté européeene, qui constitue un choix et une construction et non pas un héritage et un état ?


III. 2. La préparation

Chaque groupe, dans son pays, devra réfléchir à ce qui constitue son identité, sa spécificité culturelle. Chacun devra en effet présenter son pays et sa culture sous cet angle de la spécificité aux autres pays participants : photos, produits locaux, musiques, danses, monuments, spécificité linguistique, etc.
Mais, l’encadrement local leur demandera également de réfléchir de manière anticipée à ce qui peut réunir des jeunes Européens aujourd’hui, en termes de valeurs, d’espoirs et de craintes pour l’avenir, de rencontre et de partage entre les hommes ainsi que de la préservation du patrimoine humain et naturel commun.
Cette préparation sera motivée par la rencontre avec les autres groupes et se fera de manière très concrète par le choix d’objets significatifs à montrer aux autres, lors de la rencontre.

Nous pensons qu’ainsi chaque groupe devrait pouvoir prendre conscience de la diversité culturelle qui constitue son propre environnement immédiat pour se mettre dans une attitude d’ouverture favorable au thème du stage et à la rencontre avec les autres.

On essaiera de mettre en place une communication entre les groupes en amont du stage, sous forme de courrier, de telle façon que se nouent des liens et se définissent des centres d’intérêt qui donnent sens au fait de se rencontrer.

III. 3. L’implication des jeunes

Ce sont les structures de jeunesse partenaires du projet qui impliquent les jeunes directement dans leur pays, au travers du travail quotidien qu’elles font auprès d’eux. Les groupes ciblés sont concernés tous les jours par cette thématique : jeunes vivant dans des villes de l’est de l’Allemagne, des cités en France, des régions qui se relèvent de conflits ethniques comme en Croatie, ou dans des villes de Hongrie.
La relation à l’autre, la revendication de son histoire et de son identité sont pour tous ces groupes le contexte quotidien de la construction de leur personnalité individuelle, sociale et professionnelle. C’est à dire qu’à l’intérieur de leur propre pays, de leur propre culture, ils ont à faire face à cette contradiction structurelle de l’humanité qui oppose ouverture et fermeture, individu et groupe, règles et liberté, innovation et conservatisme, stabilité et changement.
C’est pourquoi ce travail a déjà du sens au sein de chaque pays et que la réflexion préparatoire s’enrichira de la rencontre européenne, comme celle-ci s’enrichira de la réflexion préalable de chaque groupe.

III. 4. Les objectifs

Nous souhaitons faire prendre conscience aux participants de la relativité des valeurs culturelles et de l’aspect arbitraire et/ou hasardeux des identités nationales. Cette prise de conscience a pour but de montrer qu’il n’est pas de culture supérieure à une autre mais qu’il n’existe que des cultures autres.
Il n’est pas question de faire une rencontre basée sur la réflexion théorique et la parole. Tout cela, nous voulons le voir, le toucher du doigt. C’est pourquoi, il sera proposé aux participants de rencontrer des gens qui peuvent leur faire partager un parcours, une histoire de vie.

Un autre objectif est de montrer que la rencontre interculturelle, la dimension européenne qui va au-delà des cultures nationales, est aussi une rencontre intergénérationnelle. La construction de l’Europe s’inscrit dans l’histoire, et c’est pourquoi nous inviterons les participants à rencontrer des gens qui ont participé à tel ou tel épisode marquant de la deuxième moitié du Xxème siècle. Le groupe multiculturel de jeunes sera invité à restituer à ces personnes rencontrées sur le terrain le fruit de leur réflexion et leurs représentations de leur avenir dans le nouveau contexte européen.


Il faut donc montrer aux jeunes qu’une nouvelle dimension, au-delà des nations et des cultures, une dimension européenne donc, est possible par la volonté et les choix des personnes. Dans la continuité de cette idée, on recherchera quelles pourraient être les bases de cette dimension européenne, les bases non pas politiques et institutionnelles mais humaines et citoyennes, au niveau de l’individu et de son quotidien.

III.5. Les bénéficiaires

L’objectif est bien sûr un objectif d’éducation à la citoyenneté, c’est à dire que nous souhaitons que les jeunes reçoivent des outils et des contenus qui leur permettent de s’inscrire de manière active dans la réflexion sur la construction de l’Europe. Ces jeunes, de 4 nationalités différentes, sont au premier chef les bénéficiaires de l’action.

III.6. L’impact au niveau local

Mais nous souhaitons que l’action ait des retombées sur le milieu local et les personnes qui auront été contactées localement.
Les jeunes ne sont pas seuls à avoir besoin de formation et d’éducation aux nouvelles formes de citoyenneté qu’exige le contexte politique global. Nous pensons que le stage que nous proposons, par son interactivité avec le milieu d’accueil (ici, Carcassonne et le département de l’Aude) peut bénéficier de cette réflexion par le biais notamment de la presse locale, qui se fera l’écho de l’avancée du travail des jeunes.

III.7. La dimension européenne

Un premier élément de cette dimension réside dans le choix des quatre pays participant à l’échange, comme souligné plus haut, et leur inscription particulière dans l’histoire de l’Europe du XXème siècle, avec les séquelles récentes que l’on sait dans les Balkans.
Pour envisager l’Europe du prochain millénaire, force nous est de regarder celle qui connut deux guerres mondiales, un partage en deux blocs ennemis et pour finir des guerres ethniques, guerres civiles, et autres dictatures…
Le stage sera très orienté sur la réflexion sur la notion d’identité, pour montrer que les processus de construction identitaire reposent sur des institutions qui jusqu’à présent ne sont que nationales, et que penser l’Europe de demain c’est s’interroger sur l’identité nationale d’aujourd’hui .
Nous chercherons à voir quelle place peut prendre chaque individu dans ce nouvel espace des identités culturelles et linguistiques, car la construction politique et institutionnelle de l’Europe n’a, à terme de sens, que si elle offre le cadre de l’exercice d’une citoyenneté réelle basée sur un ensemble de valeurs communes.

III.8. Le suivi et l’évaluation

Il sera proposé aux participants de faire le bilan de l’échange en formalisant les contenus recueillis. Un premier niveau concernera l’échange entre jeunes de quatre nationalités différentes sur ce thème de l’Europe et de l’identité ; un deuxième niveau concernera l’échange qui aura eu lieu sur le terrain avec les gens du cru, leurs histoires de vie, leurs parcours.
Plusieurs possibilités seront offertes pour la formalisation de ces réflexions. Un travail corporel, qui a l’avantage de passer outre les problèmes de langue, pourra mettre en scène certaines situations particulières liées à la thématique.
La construction de pages html sera également proposée afin de mettre à disposition d’autres jeunes cette réflexion, via l’Internet.
Enfin, des moyens plus traditionnels, tels que affiches, expo photos, pourront également être proposés.
Dans tous les cas, le stage sera clôturé avec un moment convivial d’échanges auquel participeront toutes les personnes qui auront été sollicitées au cours du stage.

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